Instants d'émotion suscités par le découverte d'un lieu, d'une personne, d'une oeuvre littéraire ou d'un autre domaine artistique. Partager ce moment enchanteur par ce blog.
En revenant en Inde, je sais que c'est un rendez-vous de hasards, d'impressions, de sensations, j'y retrouve une palette de couleurs, d'épices, de sourires, d'échanges avec des inconnus qui semblent heureux de vous rencontrer, bonheur partagé. Il y a surtout tout ce que je découvre pour la première fois, l'imprévu, ce qui surgit d'une route, un char à boeufs, des paysages qui défilent, des lumières, des instants fugaces que je photographie ou pas.
La rencontre avec l'indien ne se fait pas attendre. Elle survient au bar de l'aéroport de Mumbaï. Nous attendons le vol suivant pour Goa dans le Karnataka. Cinq heures de temps à tuer, à meubler, amplement le temps d'une boisson tant désirée. Nous lions connaissance avec un jeune homme indien, assis à nos côtés. Bel homme, lui aussi avide de nous connaître un peu mieux. Sanchit nous apprend qu'il est jaïn, qu'il travaille dans une banque américaine et va rejoindre sa future épouse à Delhi. Nous imaginons l'appréhension et l'importance de cette étape décisive de sa vie.
Au cours de mon périple dans la région de Goa, le thème du mariage allait être récurrent. A Badami, au temple Mahakuta, j'assiste à deux mariages. Je trouvais les mariés si tendus et apeurés que j'ai voulu en savoir plus.
La plupart du temps mari et femme se découvrent pour la première fois, lors de la cérémonie. Il s'agit de mariage arrangé, et le rôle des parents est de choisir un conjoint pour leur enfant.
A propos de première fois, la virginité est une condition impérative de l'union. Un mariage peut être annulé si ce n'est pas le cas.
Cet "arrangement" est en rapport avec le système des castes, un peu comme chez nous quand certaines familles exigent que l'on épouse quelqu'un du même milieu ; c'est déjà une même identité, un même patrimoine, une même histoire.
La famille procède à un long travail de sélection. Une fois le partenaire choisi, une carte du ciel sera effectuée pour vérifier leur compatibilité avant l'engagement (sagaï), qui tient lieu de fiançailles.
Le statut de la femme étant défini par le statut social de son père et de sa caste, les critères amoureux n'entrent pas vraiment en ligne de compte au moment du choix, il n'est pas nécessaire d'être amoureux. L'idée est que l'amour se développera naturellement tout au long de la vie de couple et se renforcera au fil du temps.
La dot
Bien que le système de la dot soit interdit depuis 1961, il reste toujours en vigueur de nos jours. La famille de la mariée doit l'octroyer à sa "belle-famille", le montant dépendra du métier du mari, de sa position dans la fratrie. La dot ne se paie pas toujours en argent, mais souvent sous forme de cadeaux (motos, réfrigérateurs, voitures ...). Certaines familles s'endettent à vie pour payer ce dû. Si la dot tarde à être réglée, c'est la mariée qui en subira les violences physiques et psychologiques. Il arrive même que la belle-famille se débarrasse de sa belle-fille sous l'apparence d'un accident domestique ou suicide déguisé.
La cérémonie
Avant le mariage, des rituels importants sont pratiqués pendant plusieurs mois. Après la soirée de fiançailles, les femmes et les hommes font la fête séparément.
La cérémonie du Mehndi est la peinture des mains de la femme au henné.
Lors de la cérémonie nommée "Kanyadann", la père de la future mariée donne sa main au futur époux. Le marié touche sept fois le pied de son épouse avec sa main, symbole de l'entrée de la mariée dans la famille.
La cérémonie du mariage se déroule en général en plein air autour d'un autel. Les futurs époux font sept fois le tour du feu sacré tout en récitant leurs voeux d'amour.
Avant de rejoindre son nouveau foyer, la mariée jette derrière sa tête cinq poignées de riz, souhaitant ainsi prospérité à ses parents.
La vie de la femme après mariage
Après la cérémonie, la jeune épouse quitte la maison familiale pour s'établir dans celle de son mari. C'est un des moments les plus difficiles de sa vie, car elle connait peu son mari (souvent pas du tout) et devra se soumettre au diktat de sa belle-mère, souvent autoritaire sinon abusive. Elle devra également composer avec ses belles-soeurs.
Sa destinée dépend fortement des enfants qui naîtront de cette union. Le rôle qui incombe à l'épouse est de procurer des fils à la famille, c'est un devoir. Si pour une raison ou une autre, elle échoue à cette obligation, son conjoint pourra se remarier et l'épouse deviendra une simple servante ou honte suprême sera obligée de regagner la maison de son enfance.
Une fois le sexe du bébé déterminé, s'il est féminin, les suites peuvent être infanticide (avortement tardif), ou vente à des agences d'adoption... Ajoutons que l'Inde est le seul pays au monde à avoir une population masculine plus importante que la population féminine.
Evolution
Aujourd'hui, l'âge moyen du mariage pour les filles s'élève à 19 ans, entre 15 et 26 ans selon que l'on soit pauvre ou riche, que l'on habite la ville ou la campagne, que l'on soit de haute ou basse caste. Dans certaines régions rurales, des adolescentes sont mariées dès leurs premières menstruations.
L'Inde est si vaste que des différences se notent de régions à régions et selon les religions. Ainsi, le Sud de l'Inde (lieu de mon voyage) est plus "progressiste". Le nombre de femmes autonomes et entreprenantes s'accroît considérablement.
Comparer le système de mariage occidental au modèle indien relèverait d'une ineptie. Mais quelle est notre réflexion face à nos sites de rencontres qui fleurissent sur Internet, où l'on trie, sélectionne un prétendant pour éviter la solitude contemporaine. Combien de femmes esseulées vont trouver le temps des vacances un amant dans les pays du tiers-monde ? Avant de juger qui que ce soit, voyons dans notre propre pays ce qui s'y passe.